Saturday, March 10, 2007



Stan Getz

From "The Long Island Sound" to "The Steamer"


Le 30 décembre 1958 voit le véritable démarrage de la fantastique carrière du saxophoniste Stan Getz. Ce jour-là, il grave au côté du grand orchestre de Woody Herman un solo d' anthologie sur le thème que le pianiste et arrangeur Ralph Burns a composé pour lui, Early Autumn. Ce qui frappe d' abord est la beauté du son du saxophone, détimbré, évanescent, d' une indicible mélancolie. Le solo se distingue aussi par l' élégance et la logique parfaites des phrases jouées par Getz.

Alors qu' il n' était jusqu' alors qu' un saxophoniste obscur, Stan Getz va rencontrer un immense succès grâce à ce titre. Les amateurs vont rapidement le baptiser "The Long Island Sound", un surnom qui évoque la poésie et la légèreté de son son. Dans les mois qui suivent la parution de ce titre, Stan Getz, qui dirige maintenant son propre groupe, cherche à épurer toujours plus son son et à reproduire, comme le public lui réclame, la magie d' Early Autumn. Mais il se rend vite compte que cette voie le conduit à une impasse. Son son d' une transparence extrême devient fantomatique. Il éprouve le besoin d' élargir son champ d' expression. Il va ainsi jouer de plus en plus dans les registres médium et grave de l' instrument alors qu' il utillisait surtout le registre aigu et son son va devenir plus timbré, plus coloré.

Ses enregistrements pour le label Roost effectués en 1950 avec les trios d' Al Haig et Horace Silver, pianiste vigoureux qu' il a découvert, montrent le début de cette évolution et la diversité de son répertoire de la ballade Yesterdays au vif Strike Up The Band en passant par la trés belle composition de Johnny Mandel, Hershey Bar.

En 1951, il forme un quintet co-dirigé avec le guitariste Jimmy Raney qui enregistre un disque Live légendaire au Storyville de Boston. Ce disque révèle la formidable cohésion du groupe, les musiciens se répondant sans cesse en de subtils contrepoints. Getz révèle une nouvelle fois son imagination musicale qui semble inépuisable.
L' entente entre Getz et Raney évoquent celle entre Gerry Mulligan et Chet Baker au sein du quartet sans piano du baryton.

En 1952, il rejoint l' écurie de Norman Granz et signe de nombreux albums pour ses labels, Clef, Norgran et Verve.
Il participe aussi aux tournées du JATP où il peut se mesurer avec les plus grandes pointures du Jazz de l' époque tels Oscar Peterson , Lester Young...
Ces années vont être fertiles en rencontres et vont le pousser à faire évoluer son jeu et à montrer ses talents de swingman reconnu par Oscar Peterson lui-même, qui lui donne le surnom de "The Steamer".

Son son devient plus riche, plus ample et il n' hésite pas à se lancer dans les tempos les plus vifs comme dans le fantastique disque avec Dizzy Gillespie et Sonny Stitt, For Musicians Only (1956). Sur Be Bop, pris à un tempo infernal, il offre un contraste saisissant, par son jeu legato, avec les deux boppers orthodoxes que sont Gillespie et Stitt.

Un autre exemple des plus hots de cette époque est le fantastique album At The Opera House (1957) enregistré Live avec le tromboniste JJ Johnson. Getz lui-même dira qu' il fait partie de ses albums préférés. On peut l' entendre donner des coups de dents agressifs sur son anche pour ponctuer ses phrases, un procédé qui n' altère en rien la fluidité extraordinaire de son discours.

D'autres sommets émaillent cette période, tels l' album West Coast Jazz (1955) avec le trompettiste Conte Candoli qui contient une superbe version de Summertime et le formidable The Steamer avec l' excellent pianiste Lou Levy.
En 1953 et 1954, il s' associe avec le tromboniste à pistons, Bob Brookmeyer.
Il enregistre aussi des albums avec Lionel Hampton (1955), Oscar Peterson (1957), Gerry Mulligan (1957) et Chet Baker (1958).

En 1958, il part en Europe où il va rester deux ans.
De retour aux Etats-Unis, il se rend vite compte qu' il a été un peu oublié mais il va vite se remettre en selle en collaborant avec le compositeur et arrageur Eddie Sauter pour l' album Focus (1961), peut-être son chefs d' oeuvre, en tout cas, l' album où il montre le mieux toute sa force expressive et l' étendue de ses talents. Cet album est l' une des rares réussites de mariage entre musique classique occidentale et Jazz. Une réussite dûe sans aucun doute au génie musical de Stan Getz. Pouvant se glisser magnifiquement dans la mélodie comme dans A Summer Afternoon, il peut se placer quasiment en lutte avec l' orchestre tout au long de
Night Rider. Le moment le plus fort de cet album unique reste le premier titre avec les deux prises mis bout au bout avec des solos d' une inventivité extraordinaire et une partie de batterie phénoménale de Roy Haynes.

En 1962, il enregistre Jazz Samba avec le guitariste Charlie Byrd. Getz, arrivé à pleine maturité, intègre sans difficulté les subtilités de la Bossa Nova et sa magnifique sonorité, plus belle que jamais à cette époque, sera le parfait véhicule pour populariser cette musique à travers le monde.

L' année suivante, il s' associe avec le chanteur et guitariste Joao Gilberto et grave le hit The Girl From Ipanema. Plus tard, Getz parlera de ce titre comme celui qui lui a permis d' inscrire ses enfants à l' université
Getz ne se fera pas longtemps piéger par les sirènes du show-business qui lui conseillent d' exploiter sereinement sa notoriété. Il s' entoure à partir de 1965 de jeunes musiciens aux conceptions modernistes tels Gary Burton, Chick Corea et Steve Swallow, qui l' aident à se remettre en question.
Il joue de plus en plus en Europe et forme un groupe avec Eddy Louis, René Thomas et Bernard Lubat.

A la toute fin de sa vie, en mars 1991, il se produit en duo avec le pianiste Kenny Barron à Copenhague. Une performance qui donna l' émouvant disque People Time.
Il meurt chez lui à Malibu, le 6 juin 1991, victime d' un cancer du foie.
Un temps dénigré, sans doute à cause de son immense succès avec la Bossa Nova, Stan Getz est aujourd' hui unanimement reconnu comme l' un des plus grands saxophonistes de l' histoire du Jazz.

Extrait audio : Corcovado - Stan Getz, Astrud Gilberto & Joao Gilberto

Vidéo : Soul Eyes (Mal Wadron)
Stan Getz (ts), Kenny Barron (p), Yashutto Mori (b), Ben Riley (dr),
Stuttgart, 1989

Friday, December 08, 2006



James Brown :
Soul on Top, 1969


James Brown a marqué la musique populaire américaine (et internationale !) comme peu d' autres artistes.
Comme le note fort justement le site http://www.allmusic.com/, Il fut à l' origine de deux révolutions musicales qui virent l' avénement de la Soul music au début des années soixante et la naissance du Funk à la fin de cette même décennie.
Pour une vision d' ensemble de son oeuvre, je vous conseille vivement le formidable coffret Star Time. On ne peut aussi guère se passer des deux premiers Live at The Apollo enregistrés en 1963 et 1968 et du disque enthousiasmant Sex Machine de 1970.
1969 fut une belle année pour James Brown. Elle vit la naissance de titres emblématiques du "Soul Brother N° 1", Say It Loud ! I'm Black And I'm Proud, Licking Stick ou encore le fabuleux Mother Popcorn qui amorce le virage vers un Funk plus radical qui donna bien d' autres chefs d' oeuvre dans ces années dorées de la naissance du Funk 1969-1972.
Mais cette même année, il prit aussi le temps d' enregistrer un album avec l' orchestre du batteur Louie Bellson, Soul on Top.
Arrangé merveilleusement par le talentueux Oliver Nelson, l' orchestre sonne magnifiquement. On y trouve plusieurs pointures du Jazz de l' époque, les saxophonistes Ernie Watts et Buddy Collette et le contrebassiste Ray Brown entre autres.
Mais c' est bien sûr James Brown qui attire l' attention.
Il signe ici une performance exceptionnelle montrant toute la richesse de ses talents vocaux.
Le disque alterne standards et titres de JB.
On remarquera notamment les versions trés énergiques de "That's My Desire" et "Your Cheatin' Heart" ainsi que "For Once in My Life" qui se termine par un joli dialogue improvisé sax et JB.
Mais les sommets du disque se trouvent à la fin avec deux fantastiques versions des funky "Papa's Got a Brand New Bag" et "There Was A Time".
On peut vraiment entendre avec ces deux titres l' alliance inhabituelle du Funk et du Big Band de Jazz. Et le résultat est fantastique culminant dans le solo enflammé de Maceo Parker dans "Papa's Got a Brand New Bag".
Tout le mal que je vous souhaite est de découvrir à votre tour ce superbe disque rééddité en 2004 par Verve de fort belle manière.

Extrait audio : James Brown : Sex Machine (Coldcut Remix)

Saturday, December 02, 2006


Hal McKusick : un musicien à (re)découvrir
Hal McKusick, altiste et clarinettiste, fait partie de ces musiciens méconnus mais merveilleux dont le Jazz est riche et en particulier le mouvement West-Coast.
Installé en Californie dès le milieu des années 40, il participe à l' éclosion du Cool Jazz. Il travaille notamment avec Terry Gibbs et Claude Thornhill.
Au cours des années 50, il participe aux projets progressistes de George Russell et Jimmy Giuffre et signe plusieurs disques sous son nom qui sont rapidement devenus des raretés.
Au début des années 60, il s' éloigne peu à peu de la scène du Jazz.
En 1987, le critique Alain Gerber retrouve sa trace dans l' île de Saint-Barthélémy où il est pilote de petits avions locaux et où il se produit tous les soirs dans un restaurant jouant désormais du ténor.
Le label Lonehill a eu la la bonne idée de rééditer ses enregistrements les plus marquants dans un double CD : The Complete Barry Galbraith, Milt Hinton and Osie Johnson Recordings.
On peut y gouter la subtilité et la rigueur de son jeu. McKusick cultive à sa maniére l' héritage du Président Lester Young dans sa manière si délicate d' appréhender la musique et l' émotion contenue qu' il transmet à ses auditeurs. Un héritage que l' on entend encore plus dans les morceaux où il joue de la clarinette, en particulier le magnifique "Lullaby For Leslie".
Ce double Cd présente les enregistrements , en studio et en public, de ce fameux quartet qui est un parfait véhicule pour la musique de McKusick ainsi que, oh joie, les enregistrements parues sous le titre "The Hal McKusick Jazz Workshop" . Un disque en octet arrangé par Manny Albam, Gil Evans et Jimmy Giuffre, pas moins. Malheureusement, les titres arrangés par George Russell ne sont pas présents dans ce disque pour la mauvaise raison que Lonehill les a déjà publiés sous le nom de Russell.
On a néanmoins une assez large vision de ces séances remarquables avec notamment la première version du "Blues For Pablo" de Gil Evans qui fit plus tard le bonheur de Miles Davis.
Une musique typique du Cool Jazz le plus ambitieux et novateur marquée par la forte personnalité de ces grands arrangeurs.

Tuesday, October 31, 2006




La naissance du Country-Rock :
Gram Parsons,
The Flying Burrito Brothers et Emmylou Harris

Ma découverte de la musique de Gram Parsons s 'est faîte par l' intermédiaire des Rolling Stones, en particulier leur magnifique double album "Exile On Main Street", un album qui plongent aux racines de la musique américaine, du blues à la country en passant par le gospel, et dont Gram Parsons assista à la création à Villefranche-sur-mer en 1972.
Les deux albums, GP en 1972 et Grevious Angel en 1973, que signa Gram Parsons sous son nom sont deux merveilles. La beauté des mélodies, la modernité des arrangements qui réalisent la fusion entre country et rock et l' émotion de la voix de Gram ne peuvent laisser indifférent. Les harmonies vocales avec Emmylou Harris sont elles aussi remarquables.
Deux chefs d' oeuvre de la musique populaire américane, pas moins.
La disparition brutale de Gram Parsons en 1973 à l' âge de 26 ans laissera un grand vide dans le monde de la musique. Mais son influence ne cessera de grandir.
Son héritage ne se limite pas à ses deux albums solos, il va poser les bases du country-rock au sein de trois groupes " The International Submarine Band", "The Byrds", et "The Flying Burrito Brothers".

Les deux premiers albums de "The Flying Burrito Brothers", The Gilded Palace of Sin (1969) et Burrito Deluxe (1970) sont deux magnifiques exemples de la fusion entre country et rock avec même une approche plus rugueuse du son que dans l' oeuvre de Parsons. La musique du groupe reste fidèle à l' esprit folk de la country en y incluant une énergie et des sonorités rock. Ces albums, en particulier le premier, auront aussi une grande influence sur la musique de l' époque. Chez les "Flying Burrito Brothers", on entend l' urgence propre au rock, plus que dans l' oeuvre plus mûre de GP en solo.

Pour finir ce petit voyage musical, je vous recommande l' écoute des deux premiers albums d' Emmylou Harris, Pieces of the Sky (1975) et Elite Hotel (1976). Deux albums splendides fortement inspirés par la musique de son mentor Gram Parsons qui révèle tout le talent d' interprète d' Emmylou Harris.


Saturday, October 21, 2006








Count Basie : La quintessence du Jazz

Si on me demandait de choisir quelques disques à emmener sur une île déserte, mon choix se porterait sûrement en premier lieu sur un disque du Count Basie Orchestra, période 1936-1939.
Ses enregistrements, publiés pour la plupart chez Decca, nous offrent à chaque écoute un véritable bain de jouvence.
Cet âge d' or où il comptait dans ses rangs Buck Clayton, Harry "Sweets" Edison aux trompettes, le divin Lester Young et le formidable Herschel Evans aux sax ténor, Jimmy Rushing au chant et bien sûr la plus fameuse section rythmique du Jazz de l' époque formée du Count au piano, Freddie Green à la guitare, Walter Page à la basse et du lumineux Jo Jones à la batterie.
Peu de jazzfans peuvent lire ses noms illustres sans émotion et sans nostalgie pour ce paradis perdu du Swing.
Je vous conseille vivement la viste de ce site en hommage au Count :
http://newarkwww.rutgers.edu/ijs/cb/
On y trouve de splendides séances photos de l' orchestre de Basie des années 30 aux années 70, notamment une surprenante séance avec Coltrane !
Un vrai régal ! Les photos ici présentes sont empruntées à ce splendide site.

















Même si Basie resta fidèle au Swing toute sa vie, la magie de son orchestre de la fin des années 30 reste unique. L' auditeur peut entendre la spontanéité créative de cet orchestre symbolisée par les "head arrangements", arrangements non écrits d' un dynamisme prodigieux.
L' orchestre a aussi la chance d' avoir dans ses rangs un improvisateur révolutionnaire en la personne de Lester Young qui sait déplacer la machine à swing en des sphères vaporeuses. (voir article : http://frenchjazzfan.blogspot.com/2006/07/lester-young-fut-un-des-musiciens-les.html)
Au début des années quarante, malgré le départ de Lester et la disparition tragique de Herschel Evans, Count Basie continua à enregistrer de fort belles choses avec la participation notamment de Don Byas et Coleman Hawkins.
Basie arrive à faire survivre son orchestre dans les années cinquante, une période peu propice aux grands ensembles. Même Dizzy Gillespie ne put conserver son Big Band bien longtemps.
Le personnel de l' orchestre est presque entièrement renouvelé hormis l' immuable guitariste Freddie Green. Les nouveaux hommes forts sont les saxophonistes Frank Wess et Frank Foster et le chanteur Joe Williams. L' orchestre signe son chef d' oeuvre avec "April In Paris".
Avec le concours de l' arrangeur Neal Hefti et de l' explosif saxophoniste Eddie "Lockjaw" Davis, Basie signe un autre album marquant nommé "Atomic".
Basie connaîtra encore de belles heures dans la décennie suivante notamment en accompagnant Frank Sinatra avec la participation de l' arrangeur Quincy Jones. L' excellent "Live at The Sands" témoigne de la réussite de leur collaboration.
Pour finir, il faut parler du jeu de piano de Basie, un jeu particulièrement économe qui trouve sa véritable raison d' être dans le dialogue avec l' orchestre. Basie a souvent proclamé son peu de goût pour les solos. Ce qu' il a toujours préféré, c' est entendre son orchestre exploser sous ses ordres !
















Crédits photos :
1. Louis Armstrong et Count Basie en 1938 à Akron, Ohio. Frank Driggs Collection.
2. La section de trompettes du Count Basie Orchestra, Buck Clayton, Ed Lewis et Harry “Sweets” Edison, au Famous Door de New-York en 1938.
3. Count Basie en 1960. Photographie de Herb Snitzer

Extrait audio : Doggin' Around, 1938 - Count Basie Orchestra